SI CE N'EST TOI d'Edward Bond (2005)
traduction Michel Vittoz
mise en scène Carole Lorang
dramaturgie Mani Muller
scénographie, lumière Jeanny Kratochwil
costumes Peggy Wurth
bande sonore, musique Tom Gallé
avec Bach-Lan Lê-Bà Thi, Olivier Foubert et Frank Sasonoff
production Théâtre d'Esch
mise en scène Carole Lorang
dramaturgie Mani Muller
scénographie, lumière Jeanny Kratochwil
costumes Peggy Wurth
bande sonore, musique Tom Gallé
avec Bach-Lan Lê-Bà Thi, Olivier Foubert et Frank Sasonoff
production Théâtre d'Esch
représentations en juin 2005 au Théâtre d'Esch
La perte d'humanité
Les hommes qui grattaient la terre étaient humains. Tout aussi humains que nous le sommes. Leurs outils étaient moins perfectionnés. Et, pourtant, cette nature rudimentaire manifestait la totalité de ce qui est humain. Il s'agit de l'impératif d'être humain. Il s'agit de l'invisible rendu visible dans ce qui est rudimentaire. L'enfant qui ne peut parler est aussi humain que le penseur le plus profond. Si nous allions dans un monde où il y aurait des humains grattant toujours la terre les enverrions-nous à la chambre à gaz parce qu'ils ne connaissent pas la télévision ? C'est notre humanité à nous qu'ils auraient déjà grattée dans leur terre. Si nous ne pouvions pas voir cela, ce serait parce que nous avons perdu notre humanité. Et si nous la perdions, nous ne pourrions jamais savoir que nous l'avons perdue.
Edward Bond, in Le Monde, 10/10/2003
Les liens

Avant d’entreprendre un nouveau projet vous avez beaucoup d’idées plus ou moins bonnes qui vous passe par la tête. Mais tout à coup il y a un élément, une image, la tonalité d’une réplique à un moment précis d’une action..., ou plutôt un mélange de tout cela, qui fait que vous allez vous passionner pour le projet et que vous brûlez de le réaliser.
Dans le cas de Si ce n’est toi c’était la manière dont le personnage de Grit suscite tout à coup — dans un univers d’anticipation plutôt oppressant et violent — une lueur d’espoir, en refusant d’abandonner son sentiment d'appartenance à une famille. Insistant sur son lien avec autrui, il assure à lui seul, à l’échelle modeste qui est la sienne, la survie de l'humanité, comme notion fondatrice de notre civilisation.
Pour y parvenir Grit doit repousser des limites — le cadre préétabli d'une idéologie fascisante —, résister à sa propre réification, puiser aussi dans ses ressources personnelles pour trouver un reste de compassion, tout juste suffisant pour empêcher sa personnalité de se briser. Voilà un personnage qui incarne notre désir même de personnage.
Pour y parvenir Grit doit repousser des limites — le cadre préétabli d'une idéologie fascisante —, résister à sa propre réification, puiser aussi dans ses ressources personnelles pour trouver un reste de compassion, tout juste suffisant pour empêcher sa personnalité de se briser. Voilà un personnage qui incarne notre désir même de personnage.
Carole Lorang & Mani Muller
Extrait: scène 2
JAMS. Je vais le prendre. Il prend le carton. Il dit qu'il vient de l'autre côté.
JAMS porte le carton dans la cuisine.
JAMS, hors scène. Venu à pied. Ton frère.
SARA, vers l'extérieur. Quoi ?
JAMS, hors scène. Frère.
GRIT. Vous ne vous souvenez pas de moi.
SARA. J'ai pas de frère. Personne en a. Ils se sont débarrassés de tout ça. Qu'est-ce que vous voulez ? Vers l'extérieur. Pourquoi tu l'as laissé entrer ? — Pouvez pas entrer comme ça dans une maison et dire que vous êtes un frère. Qu'est-ce que vous cherchez ?
JAMS porte le carton dans la cuisine.
JAMS, hors scène. Venu à pied. Ton frère.
SARA, vers l'extérieur. Quoi ?
JAMS, hors scène. Frère.
GRIT. Vous ne vous souvenez pas de moi.
SARA. J'ai pas de frère. Personne en a. Ils se sont débarrassés de tout ça. Qu'est-ce que vous voulez ? Vers l'extérieur. Pourquoi tu l'as laissé entrer ? — Pouvez pas entrer comme ça dans une maison et dire que vous êtes un frère. Qu'est-ce que vous cherchez ?
