B|K ACTES SANS PAROLE (2005)
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scénario scénique Carole Lorang & Mani Muller,
d'après
Actes sans parole I, II de S. Beckett et Concert à la carte de F.-X. Kroetz

mise en scène Carole Lorang
dramaturgie Mani Muller
scénographie, lumière Lisi Teisen & Rolf Giesler
costumes Wendy & Jim
bande son, musique Emre Sevindik

avec Denis Jousselin, Myriam Muller, Jérôme Varanfrain et Tom Leick

production Théâtre des Capucins
représentations en avril 2005 au Théâtre des Capucins

Le silence

L'écrivain, maître et esclave de la langue par définition, affirme bien haut qu'on ne peut plus cerner la palpitante vérité. Cette intuition hante le théâtre de Beckett. À partir de l'idée, chère à Tchékhov, que la communication verbale est quasi irréalisable, il se contraint au silence et tend vers un Acte sans paroles.

George Steiner
, Langage et silence, 1967
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Le silence est bien l'arrière-fond permanent. Le témoin absolu. Présence. Émotion fragile, sentiment de participer à la création permanente.

Marc de Smedt, Éloge du silence, 1986
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L’écriture m’a conduit au silence.

Samuel Beckett

Une pièce cerveau

La confrontation des deux Actes sans parole de Beckett et de Concert à la carte de Kroetz au sein d’une réécriture scénique complète a été pour nous une expérience phénoménologique, mais aussi quasi scientifique, avec ce que cela comporte de préparations méticuleuses et de prises de risques.

Deux hypothétiques « personnages », élaborés sur des bases contradictoires, sont envoyés sur scène, à la recherche de l'autre. Cet autre, aucun des deux ne le rencontre jamais, produit de son imagination, regard dans le miroir, acte manqué, geste quotidien dans un cas, dieu, geôlier ou expérimentateur silencieux dans l'autre.

Le paradoxe du projet
B/K (nom de code d'Actes sans parole) réside dans le dialogue des « histoires » absentes-présentes. L'histoire est ici le fantôme qui passe d'un « monde » à l'autre, et donne la cohérence à cette pièce cerveau (comme Ciment parlait de film cerveau à propos de Shining). En les juxtaposant, on jetait forcément aussi un regard différent sur les textes soi-disant « fermés » de deux auteurs, dont chacun a par ailleurs ses mérites, mais que nous avions envie de renvoyer dos à dos, attirant l'attention autant sur les limites de l'ultra-naturalisme kroetzien que sur celles de la radicalité beckettienne.


Carole Lorang & Mani Muller