MÉNAGE de Péter Nádas (2003)
Stacks Image 448
traduction J.-P. Thibaudat & I. Virag
mise en scène Carole Lorang
dramaturgie Mani Muller
scénographie, costumes Jeanny Kratochwil
son, musique Tom Gallé
lumière Karim Saoudi

avec Bach-Lan Lê-Bà Thi, Stéphane Moureaux, Marja-Leena Junker et Luc Schiltz

production Théâtre du Centaure
représentations en avril 2003 à la Kulturfabrik d'Esch et en juillet 2003 au Théâtre des Halles d’Avignon

Modèle d'immobilité

Quoi de moins définitif qu'une limite, un mur, une frontière, quoi de moins irrévocable aussi qu'une loi injuste ?

Dans
Ménage notre questionnement porte sur le pouvoir de l’imagination face à un système totalitaire — déni de la relativité même des limites.

Les récits de trois personnages isolés se croisent, se rejettent, fusionnent. Et Nádas d'évoquer, dans la langue poétique puissante qui est la sienne, des stratégies conçues en réaction au carcan totalitaire : l’oubli de soi dans un rituel vidé de son sens ou, inversement, la poursuite désespérée de soi dans une débauche de souvenirs et de fantasmes, enfin le rejet quasi épidermique de l’immobilisme en franchissant la limite ultime (par le suicide).

L'essence du stalinisme apparaît ici comme ce qui met une limite à la recherche de limites. Elle est immobilisme, sclérose, elle est aux antipodes de la forme artistique. C'est pour cette raison, paradoxalement, qu'une frénésie incomparable (et impuissante) s'empare des personnages.


Mani Muller

L'imagination face au mur

J’avais envie de montrer comment une personne qui n’a jamais appris à écouter ses besoins décroît peu à peu, comme une lumière, avant de cesser d’exister pleinement.
Au lieu de suivre sa propre voie, elle imite à outrance, s’adapte aux autres au point de s’effacer derrière un modèle de vie proposé (voire imposé).
Un modèle d’immobilité parfaite, préparant à une mort lente.


Carole Lorang

Extrait:

KLARA.— Nous sommes restés seuls.

Pause.


ZSUZSA.— Mon petit garçon est avec moi.
KLARA.— Que tu t'imagines.
ZSUZSA.— Ce que j'imagine est à moi.
KLARA.— Même s'il n'existe pas.
ZSUZSA.— C'est la seule chose que l'on puisse garder.