IN SITU | LE THÉÂTRE D'INTERVENTION
par Carole Lorang & Mani Muller

Les activités théâtrales à finalité sociale ou éducative, le théâtre interactif ou participatif, le théâtre-forum, toutes ces formes qui s'invitent dans un espace public où on ne les attendait pas forcément, favorisent le débat critique à une plus grande échelle que la seule programmation des salles de spectacle considérées, à tort ou à raison, comme « officielles ».
La prise de conscience, sur le mode théâtral ou dramatique, des structures qui gouvernent nos vies ne se fait plus seulement dans les théâtres.

Typique du climat contestataire de la fin des années '60, le théâtre d’intervention première mouture, riche et varié certes, a été trop marqué, à notre avis, par les combats idéologiques.
Il a depuis évolué vers un certain pragmatisme social critique, que ce soit en Europe, notamment dans les pays scandinaves — où les démarches intéressantes se multiplient, surtout en ce qui concerne le développement de la personnalité chez les jeunes — aux États-Unis, au Canada ou dans d'autres sociétés de plus en plus nombreuses, notamment en Afrique où le théâtre reste un mode de communication privilégié pour diffuser des informations vitales sur des sujets comme le sida ou l'hygiène.
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Si aujourd’hui la limite entre la scène et l‘espace du théâtre d’intervention n’est plus très nette, nous continuons à distinguer les engagements que nous prenons, en tant que compagnie, en développant des projets pour la scène, de ceux pris dans le cas de projets conçus ou réalisés in situ.
Or, ces deux types d'engagements — artistique, d’un côté, social et éducatif, de l’autre — sont parfaitement complémentaires, même si l’un peut ne recouvrir que partiellement les aspects de l’autre. En effet, un projet artistique peut être d'une nature autrement plus complexe qui, du fait de sa forme inhabituelle ou de son propos décalé, ne fait pas apparaître immédiatement son intérêt social.
Cela n’empêche pas certaines créations in situ d’avoir plusieurs vies : elles évoluent en termes artistiques et migrent vers les planches à un moment donné (ce qui est évidemment un enrichissement pour la scène).
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Pour Luxembourg 2007, nous avions développé, en partenariat avec le bureau d'architectes Teisen-Giesler, un projet interdisciplinaire — théâtre, musique, architecture —, dont l'une des particularités était d'associer les artistes et leurs spectacles à des lieux du quotidien et de traiter les sujets de société du moment, pour ainsi dire dans leur milieu naturel. Une fois par mois, on fixait rendez-vous à un public de curieux — qui ne connaissait de ce qu'il allait découvrir que le titre générique, Ni vu ni connudans des endroits inattendus, comme une gare routière, une unité psychiatrique, un centre de réfugiés ou un tribunal.

Pour nous « in situ » signifie aussi aller à la rencontre de la jeunesse sur son terrain, au propre comme au figuré, puisqu'il s'agit de prendre en compte ses lieux imaginaires au même titre que l’école, la maison de jeunes ou le club de sport.
En tant que compagnie, nous visons à faire coopérer les jeunes, entre eux et avec nous, dans le cadre de projets participatifs à caractère artistique. C'est ce que nous avons commencé à faire avec
Kiwi. L’accent y est mis sur l’importance de l'imaginaire et la force de l'imagination créatrice.

C'est à la suite du concours de théâtre pour jeunes,
Scènes à deux, et de la rencontre avec les responsables du groupe Traffo du CarréRotondes (Luxembourg), que nous avons véritablement pris conscience de la motivation croissante des jeunes gens à participer à ce type de projets, du moment que les sujets les concernent et qu'on leur donne l'occasion d'assumer des parts de responsabilité au sein d'un groupe structuré.